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Blaine Higgs doit s'excuser!




Jeudi dernier, le 9 décembre 2021, le premier ministre Higgs a émis des propos totalement inacceptables concernant l’utilisation du français, l’une des langues officielles de la province, à l’Assemblée législative. Il a réduit l’utilisation de notre langue à une simple question de tactique politique lorsqu’il a dit en réponse à une question du chef de l’opposition Roger Melanson, « Monsieur le Président, il n'est pas étonnant que le chef de l'opposition ait changé de vitesse. La seule chose qu'il n'a pas faite, qui aurait été fidèle à sa forme, était de poser sa question suivante en français, car généralement en termes de changement de ton, il change de langue et essaie de changer le récit. »


Ce commentaire du premier ministre m’a rappelé mes premières années dans la pratique du droit au début des années 1980 où certains avocats anglophones nous reprochaient d’utiliser le français pour une raison stratégique. NON, nous n’utilisons pas le français pour des raisons de tactiques politiques ni pour des raisons stratégiques. Nous l’utilisons parce que c’est notre langue et parce que c’est notre droit constitutionnel de le faire.


Bon nombre de gens seraient portés à marginaliser l’influence que peut avoir le droit d’utiliser le français lors des débats parlementaires sur le développement et l’épanouissement d’une communauté linguistique minoritaire. Pourtant, il est indéniable que ce droit est déterminant tant au regard de la valorisation de la langue et de la culture de la minorité que de celui de l’affirmation de l’identité du groupe minoritaire par rapport au groupe linguistique majoritaire. Il sert aussi d’appui à la revendication des droits du groupe minoritaire de langue officielle. À l’inverse, l’absence de la langue minoritaire dans cette sphère publique a pour effet de transmettre au groupe minoritaire un message négatif très clair quant au statut de sa langue.


Les dispositions constitutionnelles et législatives concernant le bilinguisme parlementaire représentent donc une réelle valeur non seulement sociolinguistique, mais aussi politique. Elles permettent de hausser le statut de la langue minoritaire dans la sphère politique en la plaçant à égalité avec la langue de la majorité. En outre, elles procurent au groupe minoritaire une légitimité certaine.


L’article 17 de la Charte canadienne des droits et libertés et l'article 6 de la Loi sur les langues officielles garantissent aux députés néo-brunswickois le droit de s’exprimer en français ou en anglais dans les débats parlementaires et les travaux des comités de l’Assemblée législative. Ce droit ne se limite pas seulement à celui d’une traduction, mais c’est un droit qui reconnaît l’égalité réelle des deux langues officielles.


Dans une assemblée législative idéale, où tous les députés seraient bilingues, des dispositions comme l’article 17 de la Charte et l'article 6 de la Loi sur les langues officielles ne soulèveraient aucune difficulté. Toutefois, cette assemblée modèle, linguistiquement parlant, n’existe pas. En tout cas, elle n’existe certainement pas au Nouveau-Brunswick où une proportion élevée de députés et de ministres sont soit unilingues anglophones, soit habitués, s’ils sont francophones, à parler l’anglais.


Dans son Rapport annuel 2013-2014, la Commissaire aux langues officielles Katherine d’Entremont notait que l’examen des transcriptions de la période de questions du 6 novembre au 13 décembre 2013 révélait que 82 % des débats s’étaient déroulés en anglais. Le même examen pour la période du 4 décembre 2014 au 27 mars 2015 produit un résultat identique à celui de 2013: en moyenne, nos élus s’expriment en anglais 82 % du temps. En 2015, la situation s’est à peine améliorée. Du 1er avril 2015 au 31 mars 2016, un examen des transcriptions de la période de questions révèle que les débats se sont déroulés en anglais 80 % du temps. Tout récemment, la Commissaire aux langues officielles, Shirley MacLean, a repris cet exercice et son analyse indiquait que pour trente-cinq (35) périodes de questions en 2019-2020 qu’elle avait examinées, l’anglais a été utilisé 85% du temps et le français seulement 15 % du temps. Comme quoi la situation ne semble pas s’améliorer.


Comme le disait si bien la commissaire d’Entremont dans son Rapport annuel 2015-2016, la vitalité d’une langue ne tient pas seulement au nombre de ses locuteurs. Plusieurs autres facteurs l’influencent: son statut comme langue officielle, son enseignement dans les écoles, son emploi dans les milieux de travail, sa présence dans les médias. En outre, l’usage public d’une langue, en particulier au sein d’une institution comme l’Assemblée législative, peut influencer les perceptions du public quant à sa place et à son importance dans notre société. On comprendra donc que l’emploi du français à l’Assemblée législative revêt une grande importance et ne peut être réduit, comme l’a fait le premier ministre, à une simple question de tactique ou de stratégie politique.


Le choix de la langue officielle que l’on utilise au cours d’un débat à l’Assemblée a un aspect hautement symbolique qu’il ne faut pas négliger. Le premier ministre de la seule province officiellement bilingue au Canada devrait en être conscient et il devrait éviter d’émettre des commentaires qui mettent en doute l’utilisation de l’une de ces deux langues ou qui en réduisent la valeur. Il doit en tout temps respecter le droit des députés d’employer la langue officielle de leur choix au cours des débats. Nos élus jouent un rôle crucial dans le maintien de la vitalité des deux langues officielles. Osons espérer que ce message sera bien compris par notre premier ministre et par tous les élus de l’Assemblée législative.


Dans le respect de nos droits, le premier ministre doit immédiatement s’excuser devant l’Assemblée législative pour les propos inappropriés et inacceptables qu’il a utilisés.



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